La vision ayurvédique du post-partum

La naissance n’est que le tout début de la grande aventure qu’est la maternité. C’est après que tout commence. Et c’est souvent lors de cette étape que la plupart des femmes, dans notre monde occidental, se retrouvent bien seules. Elles étaient en pleine lumière pendant la grossesse, et c’est désormais le bébé qui est au centre de l’attention. Habituées à tout gérer, à « faire », à être performantes au boulot et en famille, cette étape de réceptivité et d’accueil n’est pas facile à vivre.

D’autant que les proches susceptibles de nous soutenir dans ce passage n’habitent pas forcément à côté, les amis sont chacun absorbés par leurs vies, et nous ne sommes pas non plus habituées à demander de l’aide.

Les familles sont devenues de petites entités-la responsabilité d’accompagner un enfant qui grandit repose principalement sur 2 personnes- alors qu’auparavant, la famille élargie et la communauté étaient plus présentes. Un proverbe africain dit d’ailleurs que « pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village. » Alors, construisons-nous la « tribu » qui nous convient, tissons des réseaux d’entre-aide, de soutien et de partage autour de nous afin de mieux vivre le post-partum et tous les passages de vie!

Pour s’inspirer, on peut observer que dans de nombreuses cultures traditionnelles (en Asie, en Afrique, en Amérique Latine), les femmes sont bichonnées par d’autres femmes de leur famille ou de leur entourage. Elles gèrent toute l’intendance, apportent leur soutien, prodiguent des massages, cuisinent, s’occupent des autres enfants…Présence, accompagnement et transmission permettent à la nouvelle maman de mieux vivre cette transition et de pouvoir pleinement établir le lien avec son bébé. Dans ces contrées,  la dépression post-partum n’existe tout simplement pas!

Shabd ‘Simran’ Adeniji est sage-femme. Elle a grandi en Inde et nous expose la vision ayurvédique du post-partum que je vous laisse découvrir :

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« J’adore partager la belle coutume indienne des relevailles pendant la période postnatale, période durant laquelle les mamans et leurs bébés restent à la maison pendant 40 jours après la naissance. Je connais bien cette tradition car j’ai grandi dans une communauté Sikh et ai vécu en Inde pendant 12 ans. En tant que mère et sage-femme ayant exercé pendant 8 ans en Nouvelle-Zélande, j’ai beaucoup de plaisir à voir la résurgence de cette pratique postnatale aux Etats-Unis, une tradition commune dans la plupart des pays non occidentaux.

 

Pourquoi 40 jours?

Bien que le laps de temps de cette étape varie, dans la plupart des communautés indiennes, la période des relevailles dure quarante jours ou environ six semaines, ce qui correspond au temps nécessaire à la plupart des femmes pour établir l’allaitement. Les relevailles sont également favorables à la convalescence physique et le niveau d’énergie remonte peu à peu afin de pouvoir revenir aux activités d’une vie normale. Un proverbe indien dit d’ailleurs que « les 40 premiers jours de vie auront un impact sur les 40 prochaines années de vie ».

Les quarante jours des relevailles permettent au corps de la femme de récupérer de l’intensité de l’accouchement : alors que les niveaux hormonaux changent drastiquement, l’utérus revient également à sa taille d’avant la grossesse, la production de lait s’établit et les incisions du périnée ou les césariennes cicatrisent.

Les femmes deviennent mères (même si ce n’est pas pour la première fois) en assimilant les événements liés à la naissance, en s’ajustant au manque de sommeil et en répondant aux nouvelles demandes de leur corps. Cette étape postnatale est exigeante physiquement, mais représente également une précieuse opportunité pour établir le lien avec le nouveau bébé et lui offrir une douce bienvenue en ce monde.

Que se passe-t-il pendant 40 jours?

Je me souviens très précisément des 40 jours chez moi avec ma fille nouvelle-née. En pleine lutte avec les défis de l’engorgement, tendre descente aux enfers, et les montagnes russes des changements hormonaux, j’avais besoin d’être nourrie par les autres. L’aide que mon mari et moi avons reçue nous a aidé à gagner en confiance en nous, en tant que nouveaux parents. Contrairement à ce que peuvent évoquer les relevailles, les femmes qui pratiquent cette tradition ne sont pas seules ni isolées, par conséquent leur niveau de stress et d’anxiété lié à cette nouvelle maternité baisse. Selon mon expérience, les femmes qui suivent cette pratique –y compris celles qui reçoivent de l’aide des autres- ont des taux plus bas de dépression post-partum.

L’intention primaire de 40 jours à huis clos est de fournir protection au nouveau-né délicat et sensible et de permettre à la mère de se reposer et de récupérer. En Inde, les mères sont encouragées à s’abstenir des tâches ménagères, de la préparation des repas, du nettoyage ou même de recevoir des invités. Elles peuvent profiter d’un temps souvent sous-évalué nécessaire à un repos profond et pour être avec leur nouveau-né. Sortir à l’extérieur comprend de courtes balades autour du pâté de maison pour les mamans, mais les bébés restent à la maison sauf en cas de besoin urgent de quitter la maison.

L’Ayurvéda, une médecine traditionnelle vieille de 5000 ans, considère cette période comme une étape sensible pour les mères, en particulier pour le système digestif- d’où l’accent mis sur des aliments simples et digestes. Traditionnellement, les mères reçoivent des massages à l’huile chaude tous les jours. On leur propose des aliments spécifiques mais simples et une variété de tisanes pour favoriser la convalescence et le rétablissement, booster leur immunité et améliorer la production de lait.

Comment recevoir de l’aide ?

Dans la culture traditionnelle indienne, les femmes vivent avec leur belle-famille. Après la naissance, les nouvelles mamans retournent chez leurs mères ou bien leurs mères s’installent temporairement chez elles. De nombreuses femmes proches sont habituellement disponibles pour apporter leur soutien pendant cette étape particulière. Dans nos sociétés, l’organisation post-partum requiert plus de créativité et de planification.

Certaines mamans peuvent compter sur une ou plusieurs personnes proches qui peuvent les aider pendant un temps. Pour d’autres, comme moi, la meilleure option a été de m’offrir les services de quelqu’un pour le ménage et la cuisine ainsi que de demander de l’aide à des amis proches pour d’autres types de soutien. Évidemment, c’est un engagement financier, mais pour mon mari et moi, cela a valu la peine. Je le vois comme un investissement pour le reste de ma vie et la vie de mon enfant.

 

Cherchez des personnes aidantes

Il est important de choisir des personnes aidantes qui sachent respecter l’espace sacré de ce moment. Les tâches peuvent comporter le filtrage des appels et des visiteurs, aider pour les lessives, préparer un « Badaam » épicé (recette à la fin de l’article), préparer des petits plats et des boissons chaudes tout au long de la journée, ou prodiguer un bon massage plantaire – comme l’a fait une amie pour moi pendant que j’allaitais mon bébé pour ce qui me semblait la millième fois de la journée. Les doulas du post-partum peuvent également remplir ce rôle en offrant leur soutien physique et émotionnel tout au long de ces 40 jours.

Dans notre communauté Sikh, un réseau constitué d’amis proches et membres de la famille apporte des repas à la fois simples et délicieux chaque jour pendant ces 40 jours. Un ami peut par exemple créer un « agenda des repas » qu’il coordonnera avec ceux qui s’engagent à cuisiner un repas par semaine pendant six semaines. Cela permet de respecter ces 40 jours pour la maman, même si aucun membre de la famille n’habite dans les environs. D’autres membres de la communauté prennent souvent en charge les autres enfants ou les animaux domestiques, ce qui est très aidant pendant cette période. Tout soutien qui réduit la pression sur la mère et la famille est un cadeau parfait pendant ces premières semaines.

Je sais bien que cela peut être un vrai défi pour les nouvelles mamans de s’organiser pour s’octroyer 40 jours de repos dans leurs vies occupées et stressantes. Certaines mamans ont besoin de retourner travailler ou ont d’autres enfants dont elles doivent s’occuper. Pour autant et malgré toutes ces circonstances, j’encourage les femmes à demander et à accepter de recevoir l’aide dont elles ont besoin pour se rétablir et créer le lien avec leur bébé. Ces premières semaines ne sont à nulle autre pareilles. Peut-être que tout le reste peut attendre pendant seulement 40 jours ? »

 

Recette de la boisson ayurvédique “Badaam”

Faites tremper 10 amandes toute une nuit

1 tasse de lait chaud
½ càc de Ghee (beurre clarifié)
1 càc de miel ou sirop d’érable
1 pincée de curcuma (optionnel)
Enlevez la peau des amandes. Mixez tous les ingrédients ensemble.

Faites chauffer le mélange à feu doux. Servez chaud.

 

Article écrit par Shabd ‘Simran’ Adeniji, sage-femme et éducatrice parentale à Santa Fe au Nouveau Mexique.

Vous pouvez également consulter sa page web : www.mynurturingsolutions.com

Source : Ayurvedic Postpartum by Peggy  O’Mara ~Traduction Brigitte Rietzler // Temesira

Le Noël intérieur

Les Fêtes de Noël sont devenues une course effrénée aux achats massifs d’ordinateurs, téléphones portables, appareils photos digitaux, i-phone, i-pod et quelques jouets en plastique parmi toute cette technologie. Les principales invitées à la fête sont les cartes de crédit, exsangues dans leurs efforts pour remplir tous les vides existentiels. Nous mangeons à n’en plus pouvoir, débattons pour savoir avec quelle partie de la famille nous passerons les fêtes, ouvrons les cadeaux au milieu des pleurs d’enfants à bout….et finissons vidés après le terrible marathon.

D’un point de vue plus profond, chaque mois de décembre nous partageons le rituel du souvenir d’un vécu simple et extraordinaire : l’histoire d’une mère qui a accouché en pleine nature, entre ses chèvres, ses ânes et ses bœufs, protégée par un homme appelé Joseph. Selon les textes, Joseph partit en quête de la sage-femme, mais lorsque celle-ci arriva, Jésus était déjà né. La femme en regardant la scène s’exclama : « cet enfant qui à peine né prend déjà le sein de sa mère, deviendra un homme qui jugera selon l’Amour et non selon la Loi ». Ce beau petit fut reçu dans une atmosphère sacrée, dans la chaleur de l’étable et sous l’extase du regard aimant de sa mère. Deux mille ans plus tard, nous célébrons toujours la naissance d’un enfant dans de bonnes conditions et honorons le miracle de la vie.

Vu sous cet angle, Noël devrait être l’occasion de rendre hommage à chaque naissance de bébés maternés et cajolés. Ces enfants deviendront une génération d’hommes et de femmes qui apporteront sagesse et paix intérieure aux êtres humains. A nous donc, de décider si nous voulons vraiment continuer à consommer frénétiquement en alimentant le néant, ou si c’est le moment d’apporter un peu de clarté, de soutien et de tendresse à chaque femme prête à accoucher, en nourrissant ainsi le futur.

– Laura Gutman-

 

Newsletter de Laura Gutman, Décembre 2008 – Traduction Brigitte Rietzler (Temesira)

Illustration © Chloé Dewar (illustration pour une carte de vœux qui a servi au co-financement de la River House Montessori School)

La circulaire du cordon

La circulaire du cordon est un motif de césarienne fréquemment invoqué.

Cette vidéo illustre pourtant, de façon merveilleuse, que cette raison est peut-être parfois invoquée à tort. Excuse facile pour justifier une chirurgie majeure pas forcément facile à accepter pour la maman, prétexte pour accélérer le processus de l’accouchement (pas la peine d’essayer de pousser, ce serait dangereux), manque de confiance dans les processus physiologiques et en la force des mamans et des bébés, ou peur des praticiens qui se heurtent à leurs propres limites, au manque de transmission auquel ils sont confrontés et au fonctionnement de la société de plus en plus procédurière.

Ici, on voit donc une maman accoucher en milieu hospitalier, par voie basse et en position physiologique (accroupie) d’un bébé avec… quintuple circulaire : oui vous avez bien lu, 5 TOURS DE CORDON! Sans précipitation ni panique, et avec beaucoup d’amour, de bienveillance et de respect, le bébé est accueilli et on lui laisse le temps d’arriver.

La vie est sage et nos corps sont parfaits!! Tout a été prévu pour la survie de l’humain. Si seulement nous avions un peu plus confiance en cette mécanique ancestrale et un peu plus conscience des processus physiologiques pour ne pas les perturber.

 


The Unassisted Hospital Birth of Clay

 

Tomber malade

Paradoxalement il n’y a rien de plus sain que de tomber malade, dans la mesure où nous sommes disposés à comprendre le sens profond de la maladie. Comme toute maladie est une expression de l’âme, il est de notre ressort de comprendre le langage des symptômes. Dans le cas contraire, si nous prétendons supprimer le symptôme, nous nous retrouvons sans les messages les plus directs et les plus clairs de notre être intérieur. Cela ne sert à rien de tuer le messager. Les messages –même s’ils ne nous plaisent pas- nous indiquent comment continuer à cheminer.

Cela voudrait-il dire qu’il ne faut pas lutter contre les maladies? En réalité, l’idéal serait de ne pas avoir à combattre de maladies, mais de les comprendre et de voir ce qui se manifeste dans le corps comme le reflet d’une partie de nous-mêmes. Évidemment, ce n’est pas facile. Pour une raison ou une autre, il se peut que nous n’ayons pas pu admettre une douleur, une colère, un obstacle ou une peur insurmontable de notre passé et l’avons alors « relégué dans l’ombre ». Seulement voilà, ce qui nous est arrivé réapparaît, mais cette fois-ci sur le plan physique, se rendant visible sous la forme d’une maladie dans le corps. Notre réaction automatique sera de la rejeter encore, comme si cela ne nous appartenait pas. Nous aspirons tellement à ne pas nous confronter à cette partie de la réalité que nous pensons qu’en supprimant le symptôme, la douleur émotionnelle disparaîtra. Malheureusement, les choses ne se passent pas ainsi, bien au contraire. Ce que nous avons écarté reste latent et revient sans cesse à la surface, finissant même pas transformer la maladie en douleur chronique.

Cela veut-il dire qu’il n’est pas nécessaire de s’occuper de la maladie sur le plan physique? Si, bien sûr, nous essaierons évidemment de diminuer le symptôme. Mais prenons conscience que la suppression du symptôme ne signifie pas la guérison. Nous sommes alors face à deux défis : d’une part soulager la douleur, et d’autre part nous poser les questions auxquelles nous n’avons pas eu la force de faire face par le passé. Demandons-nous ce que cette maladie nous impose ou nous empêche de faire et force sera de constater l’alignement parfait entre notre être essentiel et le symptôme. Cette quête bienveillante pour relier notre « moi intérieur » à notre « moi extérieur » demande un certain entrainement. Mais plus nous deviendrons capables d’assembler les morceaux de puzzle entre ce qui nous arrive et ce que cela vient toucher en nous, plus l’exercice deviendra évident.

-Laura Gutman-

Newsletter de Laura Gutman, Juin 2013 ~ Traduction Brigitte Rietzler // Temesira

La naissance de notre “devenir mère”

Laura Gutman, psychothérapeute familiale et écrivaine argentine, aborde la période post-natale et le « devenir maman » à travers le prisme de la fusion émotionnelle maman-bébé. Elle invite chaque nouvelle maman à cheminer dans son propre labyrinthe intérieur, à regarder avec honnêteté ce qu’elle vit et les aspects non-résolus de son passé qui resurgissent, afin de pouvoir s’en libérer et de trouver les ressources qui lui permettront de mieux prendre soin de l’enfant qui vient au monde.

 

Qui ne se souvient pas d’avoir passé son enfance à s’entraîner avec ses poupées à bercer, calmer, habiller, déshabiller, gronder et endormir un bébé? Et pourtant, lorsqu’un “vrai” bébé, le notre en l’occurrence, fait irruption dans notre vie d’adulte, quelle surprise de constater que le petit monstre que nous avons dans les bras et qui se borne à hurler aux pires moments est à mille lieux du bébé dont nous avons tant rêvé. Et que non, les bébés ne font pas que manger et dormir ! En réalité nous nous retrouvons prisonnières d’un être vorace, bougon, aux besoins intenses et aux demandes impossibles à combler. 

Cette surprise, justement, ne viendrait-elle pas de notre ignorance du phénomène de “fusion émotionnelle” quand, en tant que femme, nous entrons dans l’étape de la maternité ? Pour bien aborder ce concept, il est nécessaire de s’ouvrir au fait que la réalité n’est pas seulement constituée d’éléments visibles, concrets et palpables, mais aussi de mondes subtils, de champs émotionnels, perceptifs, intuitifs et spirituels qui, bien qu’invisibles, tirent pourtant le fil de notre vie consciente.

Concernant la dyade maman-bébé, il est important de comprendre que les deux appartiennent au même territoire émotionnel -telles deux gouttes d’eau dans l’océan-, et que cette union sans limites précises perdure, malgré la séparation des corps dès l’accouchement et la naissance du petit.

“Fusion émotionnelle” entre maman et bébé signifie que nous sentons la même chose, percevons la même chose, et ce, quelle que soit l’origine de la sensation, que le sentiment appartienne au présent, au passé ou au futur, car ces frontières temporelles n’existent pas dans le monde émotionnel. De fait, en tant que mère, quand un son trop fort nous est intolérable, s’il y a trop de gens autour de nous et que cela nous angoisse, ou que nos seins se remplissent quelques secondes avant qu’il ne se réveille, c’est que nous “ressentons comme un bébé”. De même, le bébé “ressent comme sa maman” lorsqu’il exprime à travers les pleurs ou une maladie, chaque situation émotionnelle face à laquelle nous nous sentons démunies : l’exigence du partenaire, les difficultés économiques, l’absence ou l’éloignement de notre propre mère, les pertes affectives, etc.

Le plus impactant de toute cette prise de conscience liée à la “fusion émotionnelle”, est que l’enfant vit le vécu de notre propre enfance comme s’il était le sien, s’actualisant et se manifestant dans son corps. Notamment ces vécus que nous avons “oubliés”, passés “dans l’ombre”. La véritable difficulté de la jeune mère n’est finalement pas tant de s’occuper correctement du bébé, que de se confronter à sa propre douleur face à la résurgence de ses peines de petites filles non cicatrisées. Devenir réellement adulte, c’est prendre conscience que nous avons désormais à notre disposition toutes les ressources émotionnelles pour assumer pleinement notre vécu et les choix que nous avons pu faire.

Concrètement, pourquoi ne pas faire l’essai aujourd’hui -quand nous n’arrivons pas à calmer  notre bébé en lui offrant le sein, en le berçant, en lui parlant, ou en l’emmenant se promener-, de nous remémorer une situation douloureuse ou non résolue de notre enfance, en rapport avec le lien avec nos parents ? En réussissant à faire remonter un vécu significatif, nous pourrons peut-être identifier et nommer avec des mots simples cette douleur, cette souffrance, colère ou honte que l’enfant perçoit en nous. En lui disant la difficulté ou le désaccord que nous vivons actuellement avec notre partenaire, les soucis concernant le manque de travail, le ras-le-bol des malentendus avec la voisine, ou même l’angoisse sourde pour cette amie qui a émigré. Force sera de constater qu’il se calmera. Parce qu’il saura de quoi il s’agit.

Et quoi de plus précieux, pour chacune d’entre nous, que de prendre conscience de certains sentiments que nous avions écartés parce qu’ils nous semblaient vieux, obsolètes ou sans valeur. Ainsi nos enfants -miroirs de l’âme maternelle- nous aident à nous reconnaître telles que nous sommes et nous invitent à donner la priorité à ce que nous avons à régler avec nous-mêmes. Nos bébés pleurent nos peines, vomissent nos ras-le-bol, se recouvrent de nos intoxications émotionnelles et se rendent malades de nos incapacités à nous regarder avec honnêteté.

Cela ne veut pas dire que nous devons avoir une vie exemplaire, ni que nous sommes “coupables” de ce qui arrive à nos enfants. L’acte de materner est au contraire une opportunité pour nous, les femmes, de découvrir le moyen de nous connecter à notre monde émotionnel richissime, de nous comprendre et de nous respecter. Le fait que notre enfant soit confronté à nos désirs et fantasmes refoulés nous oblige à nous poser des questions existentielles, intimes, authentiques et profondément féminines.

Non, nous ne devenons pas mères d’office au moment où nous accouchons de l’enfant. C’est lorsque nous vivons un moment de désespoir, de folie et de solitude au milieu de la nuit avec notre enfant dans les bras, quand la logique et la raison ne nous sont d’aucune aide, que nous nous retrouvons coupées de toute notion du temps, que la fatigue est sans fin et qu’il ne nous reste plus qu’à nous en remettre à cet enfant qui exprime notre moi profond et que nous ne pouvons pas faire taire, c’est alors que nous pouvons dire que notre mère intérieure est née.

Laura Gutmanhttp://www.lauragutman.com.ar/

Article publié dans la revue « Rêve de Femmes » n°28 – Automne 2012, p.22-23 ~ traduit par Brigitte Rietzler // Temesira

Illustration « Fusión » © Lorena Franzoni